Forum 2003 – Débat et interventions

Débat et interventions

Remarque du rédacteur: Il convient au départ de souligner la grande diversité du documentaire. À partir des expériences dévoilées dans ce Forum, si l’on voulait caractériser ou identifier les différents type de films représentés par les participants à cette table, on aurait un éventail de films totalement différents. Mais c’est justement cette différence qui fait la démonstration de la diversité des genres et des approches du cinéma documentaire. Pas surprenant alors que les formes et les modes de diffusion varient tout autant.

Il devient de plus en plus important, à la lumière de ce que nous avons entendu ici ce matin, que l’on rapatrie la notion de CINÉMA dans le documentaire. Pour des raisons stratégiques ici au Québec, nous avions laissé tomber le terme dans nos discussions, représentations, voire dans l’intitulé même de cette manifestation. Il importe donc aujourd’hui de récupérer l’idée de CINÉMA documentaire qui, à son tour, charrie toute une série de concepts et d’approches propices à lui redonner sa place dans le paysage de la distribution et dans celui du monde cinématographique en général. (Jean-Daniel Lafond)

La présence, à la projection en salles d’un film documentaire, de spectateurs qui viennent le voir et participent à un débat, est aussi une manière de vérifier l’engagement de ce public envers le documentaire. Les exemples dont on nous a parlé ici sont des cas d’espèce. On ne peut donc généraliser à partir de ceux-ci. Le numérique peut assurer une économie d’échelle à la production et à la diffusion, assurer aussi une diffusion plus large et instantanée, mais le 35mm existera toujours. Car la notion de sélection et de qualité est ici importante tant sur le plan de l’œuvre que face aux habitudes et aux exigences du public. (Simone Vannier)

Il ne faut pas forger une fausse opposition entre différents types de distribution comme si quelqu’un détenait la vérité de quelque chose. Je crois plutôt qu’il faut pouvoir créer des outils qui peuvent répondre à des demandes extrêmement diversifiées. Il faut pouvoir diffuser des films qui sont produits complètement en dehors de la télévision, tout comme d’autres qui sont produits au cœur de la télévision. Or la véritable question c’est peut-être de savoir: Pourquoi du documentaire en salles? Pourquoi veut-on aller en salles? Et d’ailleurs il n’y a pas qu’un seul type de salles, il y a différents types de salles. La question n’est pas tellement d’avoir une certitude sur le comment, c’est plutôt d’avoir une multitude de réponses possibles en fonction de ce que l’on fait.

Pour avoir cette multitude de réponses, il faut avoir une multitude d’acteurs possibles à chacun des endroits. Il ne faut donc pas que les frustrations et les problèmes de chacun deviennent des doctrines collectives. Face à des approches différentes, il faut avoir des réponses tout aussi différentes, autant face à un film socialement important mais qui n’est pas une œuvre majeure, que face à une œuvre d’un cinéaste important. À chaque fois il faut avoir plusieurs réponses. Pour cela, qu’est-ce qu’il faut? Il faut un tissu de producteurs diversifié, un tissu de distributeurs diversifié, (commercial et non-commercial), il faut des exploitants qui se renouvellent suffisamment pour ne pas être confrontés à un public qui, par ailleurs, est sollicité par un autre type d’offre qui elle aussi évolue dans une autre direction. Je crois discerner ici une sorte de fausse opposition où chacun se réfugie dans ses certitudes.

Le problème du documentaire c’est qu’au moment où il connaît une expansion jamais encore envisagée, au moment où il conquiert de nouveaux espaces, chacun pense à protéger ce qu’il a réussi à mettre en place plutôt que continuer à le défendre. Je ne comprends pas qu’on puisse dire que puisque la télévision formate, il faut qu’on aille au cinéma. Au contraire, puisque la télévision formate, il faut combattre le formatage de la télévision à la télévision!

On ne va pas au cinéma pour échapper à la télévision! On va au cinéma pour aller au cinéma. On va au cinéma pour montrer des films de cinéma ou si l’on pense que c’est là que le film s’exprime le mieux. Je suis contre le fait de sortir des films fondés exclusivement sur des sujets au cinéma parce que je pense que le cinéma recèle un autre type de langage. La sortie salle n’est pas non plus une panacée! Déplacer sur la salle la problématique du documentaire ne peut garantir une continuité économique pour le documentaire. Ce que peut, malgré bien des contraintes, la production financée par la télévision. Dans le documentaire, on semble être toujours dans une idéologie du repli, alors que globalement le genre documentaire conquiert du terrain. Dès qu’on commence à se replier sur ses propres certitudes, on a déjà perdu. (Serge Lalou)

Ce qu’il faut savoir c’est que présentement ici au Québec, si on veut faire un documentaire et qu’on est convaincu que c’est un sujet qui pourrait avoir accès aux salles, on est obligé de passer par la structure de la télévision qui nous impose des formats. Cela nous amène à l’obligation de faire des versions multiples; si on persiste dans la croyance que notre film peut rejoindre un public en salles, il faut alors le charcuter de 3 ou 4 manières différentes.

Or en donnant ainsi à la seule télévision le pouvoir d’existence sur les documentaires, et en plus, en heure de grande écoute, le système, c’est-à-dire les institutions, a donné à la télévision ce droit de vie ou de mort sur le documentaire. C’est ce système qui nous a imposé cette situation, soit la licence télé et ce, à heure de grande écoute! Or, si on libérait les télédiffuseurs de cette obligation de présenter les œuvres aux heures de grande écoute et qu’on pouvait quand même obtenir des licences qui déclencheraient un financement, on pourrait respecter l’œuvre. Que la télé le diffuse à d’autres heures, la levée de cette obligation permettrait de financer l’œuvre tout en respectant sa forme et son contenu.

Pourquoi les télédiffuseurs s’autorisent-ils à exiger une version abrégée d’un long-métrage documentaire alors qu’ils n’oseraient jamais réclamer une version abrégée d’un long-métrage de fiction? (Benoît Pilon)

Notre but n’était pas de mettre ces expériences en opposition, mais bien de présenter plutôt un éventail de possibilités du plus commercial au plus autonome et c’est vrai que c’est face à la télévision. La télévision ici est le seul instrument à pouvoir déclencher un projet. Si on pouvait déclencher un film via un distributeur, on pense qu’il y aura un peu plus de souplesse de la part des télédiffuseurs. Déjà ce matin, suite à la table-ronde sur la distribution et les exploitants, on a suggéré que l’Observatoire organise une rencontre entre eux et les télédiffuseurs, justement pour qu’on arrive à harmoniser les besoins et les règles de chacun face aux institutions. (Lucette Lupien)

C’est clair que le politique peut faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre. Il faut aussi revoir la question sur le terrain des droits et des contrats illimités face aux télés. Comme le documentaire a eu de plus en plus de succès, en heure de grande écoute sur un certain type d’œuvres, le combat est de maintenir la diversité sur tous les écrans de la télévision et pas seulement aux heures de grande écoute. C’est là un combat qui peut alors rejaillir sur l’ensemble de la production. Ce qui est en jeu aujourd’hui c’est bien la diversité plus que le nombre de productions. (Serge Lalou)

Rapport préparé par André Pâquet, consultant

Décembre 2003